Articles

La Folie Saint-James: “Faites ce que vous voulez pourvu que ce soit cher! »

Au XVIIIe siècle, c’est la campagne à Neuilly. Le château de Madrid situé à Neuilly-sur-Seine est en ruines. Attenante, une autre maison de maître de 1638, le domaine de la Chambre, séduit l’anglophile Claude Baudard de Vaudésir de Saint-Gemme-Sur-Loire – qui se fera appeler le baron de Sainte-James, et le rachète en 1772.Le baron n’est autre que le trésorier de la Marine de Louis XV.

En 1777, il commande à François-Joseph Bélanger, considéré comme l’un des plus grands paysagistes de son temps, de lui construire une folie pouvant rivaliser celle de son voisin d’Artois. Ici nul Bagatelle, l’ensemble aurait coûté dix millions de livres selon l’architecte Krafft, voire quatorze millions selon d’autres sources. Le domaine est immense. Il s’étend sur près de 15 hectares, de la route de Bagatelle à Neuilly (actuelle rue de Longchamp). Les deux parties du parc communiquent entre-elles par souterrains…

bati02-b

bati02-c

 

 

 

 

 

Sur le modèle des jardins pittoresques et anglo-chinois du XVIIIe siècle, typique des parcs à fabriques, le jardin est enrichi d’un lac, deux îles et d’une rivière artificielle qui court sous une enfilade de ponts et serpente entre sculptures, temple de Bacchus, rocher artificiel, grotte, belvédère, glaciaire, laiterie, kiosque sur pilotis, pavillons chinois et gothiques aménagés, non sans rappeler La Quinta da Regaleira à Sintra (Portugal). La demeure de briques et de pierres habillée d’une façade de style néoclassique est réalisée par l’architecte Jean-Michel Chevotet et son gendre, Jean-Baptiste Chaussard. Les travaux dureront de 1779 à 1785.

Malheureusement, en 1787, les affaires de Baudard de Saint-James tournent mal. À la suite d’une intrigue à la cour dans « l’affaire du collier de la reine », il est emprisonné et ruiné. Sa banqueroute étant de vingt-cinq millions, ses biens lui sont confisqués. Il mourra peu après, totalement anéanti. Le domaine est repris aux enchères pour 262 000 livres, par le duc et la duchesse de Choiseul-Praslin qui ajoutent de nouvelles fabriques: un jeu de bague, une statue de Diane, un jeu d’oiseau et de danse de corde. En 1795, la Folie est vendue à Christian-Frédéric Bobierre avant de connaître la même déchéance d’autres domaines proche de Paris. Morcelé puis loti, la Folie Saint-James disparaît peu à peu.

En 1844, le docteur Casimir Pinel, spécialiste des maladies nerveuses, installe une maison de santé dans la propriété. Le peintre Toulouse-Lautrec y séjourne d’ailleurs en 1899. De cette époque a traversé le temps, la dite “Chapelle”. Pour la voir, il vous faudra pénétrer dans la très privée Villa de Madrid ou vous rendre rue du Général Henrion Bertier. Ainsi, vous pourrez découvrir un petit pavillon assez délabré, de plan carré, au toit en verrière conique surmonté d’une flamme en tôle. C’est l’ancien cabinet d’histoire naturelle de la Folie dans lequel le Baron collectionnait ses minéraux et coquillages. Au XIXe siècle, ce pavillon de musique devient la Chapelle des patients de la maison de repos.

bati02-e


Les descendants du médecin, les Semelaigne, poursuivent son oeuvre jusqu’en 1920, quand la famille Lebel acquiert le domaine pour le rénover. C’est à eux que l’on doit notamment le petit jardin clos art déco, le bassin rectangulaire d’inspiration mauresque, la roseraie et le temple de l’Amour, dont les 5 colonnes proviennent du souterrain de Bélanger.En 1922, le site est classé au titre des Monuments Historiques.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Folie fut occupée par les Allemands puis par les Américains et les communs fortement endommagés. Les Lebel vendirent le domaine en 1952 à l’Etat. Le lycée Saint-James fut construit entre 1956 et 1959 sur une partie du parc, la Folie servant de locaux administratifs et les communs de cantine. Le parc de la Folie n’était alors ouvert au public que pendant les week-ends et les vacances scolaires. La rénovation du lycée en 2006/ 2007 a permis de libérer le bâtiment de la Folie de sa fonction administrative et d’étendre l’ouverture du jardin, tous les jours.

20170401_173024[1]

 

Depuis 2009, La Folie Saint-James et une partie réduite de son parc sont  propriétés du Conseil général des Hauts-de-Seine. Après sa restauration en 2016, le parc est de nouveau accessible au public. Sur les 1,8 hectares conservés, plus de six mille vivaces et plantes couvre-sol ont été plantées. Six cents arbustes et une centaine d’arbres sont venus reboiser cet espace vert au charme intemporel qui garde les traces d’une œuvre majeure de l’art paysager français des années 1770 à 1790, même si aujourd’hui, des dix-sept fabriques initiales, il n’en reste plus que trois. Seuls la grotte, le grand rocher, le pont palladien, la colonne antique et deux vases en pierre qui ornaient un des ponts subsistent. La nouvelle aire de jeux reproduit des jeux présents au sein du parc au 18ème siècle.

Accès gratuit, tous les jours de 10h à 17h.

Sources:

http://parcsafabriques.org/stjames

https://fr.wikipedia.org/wiki/Folie_Saint-James

http://fr.topic-topos.com/folie-saint-james-neuilly-sur-seine

https://www.neuillysurseine.fr/parc-saint-james

http://www.hauts-de-seine.fr/actualite/environnement/la-folie-saint-james-un-joli-compromis-2104/

Paru à l’été 2001 : de Madame Gabrielle Joudiou « La Folie de M. de Sainte-James »   –   éditions Spiralinthe, ISBN 2-913440-09-6

Thomas BLAIKIE : Diary of a Scotch Gardener at the French court at the end of the eighteenth century. Londres 1931. Traduction française de Janine Barrier : Sur les terres d’un jardinier : journal de voyages 1775-1792 de Thomas Blaikie, les Éditions de l’imprimeur, 1997 (Collection jardins et paysages) ; ISBN : 2-91073515X

Auteur : Vanessa Colombier