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Bagatelle: une babiole qui vaut son pesant d’or

Le château de Bagatelle naît d’un pari et c’est une pure folie. Folie d’avoir été construite en deux mois pour un pari, Folie architecturale aussi!

En 1775, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, cherche un lieu tranquille pour recevoir ses conquêtes. Sur un coup de coeur, il achète un petit château, dans le bois de Boulogne, construit vers 1720 par Pierre Mouret, sur commande du duc d’Estrées, Maréchal de France, pour son épouse. « Pavillon fort galant, nommé Babiole », l’emplacement est idéalement situé à proximité des résidences royales de la Muette et du château de Madrid, prétextes de déplacements pour la chasse. On ne sait pas trop si le domaine tient son nom des scènes de libertinage dont il fut le théâtre ou d’un pied de nez eut égard aux dépenses extravagantes engagées dans les travaux pour les plaisirs de Madame d’Estrées et de son amie Louise-Anne de Bourbon, dite Mademoiselle de Charolais, puisque le mot « bagatelle » désigne au 18ème siècle une chose frivole ou selon l’emprunt fait à l’italien bagatella, tour de bateleur, « une chose de peu d’importance », et par extension en français, dans le domaine architectural, une construction d’apparat sans utilité particulière

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Le Comte d’Artois

Quoiqu’il en soit, à la mort du Duc d’Estrées, Bagatelle passe entre plusieurs mains : un avocat puis une marquise, deux gentilshommes et enfin entre celles du prince, Comte d’Artois, futur roi Charles X.
Le domaine est très délabré. Amusée, Marie-Antoinette défie son beau-frère de remettre le lieu en état, pour l’accueillir à son retour de voyage, soit deux mois plus tard. Piqué, le Comte pari 100 000 livres qu’il est capable de relever ce défi! Le lendemain, le bâtiment, les jardins et l’ameublement sont confiés à l’architecte François-Joseph Bélanger qui dessine les plans de l’ouvrage en 2 jours!
Le 21 septembre 1777, 900 ouvriers débarquent pour se relayer nuits et jours et réaliser cette folie. Le jardin anglo-chinois orné de petits édifices décoratifs, les fabriques, est confié à Thomas Blaikie, un paysagiste renommé, mais ne sera pas exécuté d’un seul trait. Le chantier, hors parc à fabriques de 20 hectares, est bouclé à temps. L’inauguration est organisée le 26 novembre. On raconte que le Comte dépensa près de 3 millions de livres pour tenir son pari fou, ce qui vaudra au château, le surnom de « la Folie d’Artois ».
Le comte fit aussi construire un bâtiment plus vaste : le Pavillon des Pages sur le fronton duquel était inscrit la devise : Parva sed apta, comprenez «petite, mais bien conçue» ou «petite, mais qui convient». Mais au début de la Révolution, le comte d’Artois est chassé et le bien confisqué. Quelques temps abandonné, avant de d’être vendu sous le Directoire à des entrepreneurs, le parc devint un lieu de promenade et de fêtes populaires, prisé des Merveilleuses et des Incroyables. Il s’y crée un restaurant.
En 1806, Napoléon réquisitionne le domaine pour en faire un domaine de chasse. Puis, à la restauration, il revient entre les mains de son maître, le Comte d’Artois, devenu le roi Charles X, qui le mit à la disposition de son fils, le duc de Berry. Après la Révolution de 1830, Bagatelle passa à la liste civile de Louis-Philippe.

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Bagatelle au XVIIIe siècle (source Gallica)

Une page de l’histoire se tourne et Bagatelle est racheté en 1835 par lord Richard Seymour, 4e marquis de Hertford, pour en faire sa résidence parisienne. Le logis n’est pas assez grand à son goût. Son amitié avec Napoléon III, outre la visite l’impératrice Eugénie, immortalisée par le kiosque de l’Impératrice, lui permit d’étendre le domaine 14 à 24 hectares. Il décide alors de réaménager les jardins et les bâtiments. Le parc se dote d’une orangerie, d’une grille d’honneur, d’une entrée sur l’allée de Longchamp et d’écuries, fait surélever d’un étage et d’un dôme le château. Grand collectionneur et francophile, il s’installe au domaine à partir de 1848, avec son fils adoptif, (ou naturel) Richard Wallace, dont le nom vous est peut-être pas totalement inconnu! Richard Wallace s’est engagé durant la guerre de 70, comme ambulancier et subventionna les ambulances. Il fit également don de 400.000 francs pour les pauvres! Toutefois, si son nom n’est pas tombé dans l’oubli, c’est sans doute grâce aux fontaines éponymes qu’il fit installer à Paris.
Au domaine, il est celui qui fit bâtir le pavillon du Trianon et déplacer l’inscription latine du Pavillon des Pages sur le fronton du Château. Richard Wallace décède en 1890. Le domaine est alors cédé à son épouse avant d’être légué à son secrétaire Murray Scott.

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Le château de Bagatelle en 1911 (source Gallica)

Pour éviter la même histoire que La Muette et son démembrement, la mairie de Paris bloqua l’opération de lotissement du Domaine et se porta acquéreur en 1905, pour 6.500.000 francs.
Nicolas Forestier, responsable des jardins de la ville de Paris et instigateur du rachat de Bagatelle, réhabilita le parc pour en faire un jardin de collection botanique, sans détruire l’harmonie du lieu. Par admiration pour le peintre Monet, il aménagea la pièce d’eau des nymphéas. Sur la zone vivrière, il créa une roseraie extraordinaire qui fait l’objet du concours international de variétés de roses, qui dure depuis 110 ans aujourd’hui et fait sa renommée.

Source: ambitieuse.paris

Crédit: ambitieuse.paris

Bagatelle n’est plus la folie du 18ème siècle. Son parc est un véritable témoin de l’évolution des aménagements paysagers de ses habitants successifs, jusqu’en 1905. C’est l’esprit du parc de Seymour, Wallace et Forestier qui règne désormais. En 1987, avec l’aide de mécènes et grâce à Madame Jacqueline Nebout, présidente de l’Association des Amis de Bagatelle, les artisans du faubourg Saint-Antoine, sur des plans reconstitués par les élèves de l’École Boulle, donnèrent au château son décor du XVIIIe siècle. Aujourd’hui encore, le château et le parc de Bagatelle attirent des visiteurs du monde entier, venus découvrir cette résidence ou s’y promener au milieu des roses et des paons…

Vanessa Colombier

Information pratique sur le Parc:
Entrée payante du 1er mai au 31 octobre – Tarif réduit *: 1.50 €
Entrée payante du 1er mai au 31 octobre – Plein tarif: 2.50 €
Carte individuelle d’abonnement: 25.00 €
Pass famille (2 adultes, 3 enfants max): 50.00 €

Sources:
http://equipement.paris.fr/parc-de-bagatelle-1808
http://data.bnf.fr/11873145/association_des_amis_de_bagatelle_paris/
http://paris-atlas-historique.fr/33.html (les folies)
http://www.perso-jardins-bagatelle.net/site_htm/htm/historique_fr.htm
http://www.lovapourrier.com/le-parc-de-bagatelle-et-le-comte-dartois
http://www.parcsafabriques.org/bagatel/bagatel1.htm
http://www.noblesseetroyautes.com/la-folie-de-bagatelle-du-comte-dartois-a-sir-richard-wallace-2eme-partie-et-fin/
https://larocheauxloups.wordpress.com/2009/05/06/promenade-hermetique-a-bagatelle-avec-richard-khaitzine/